JLO Emploi : bilan de compétences

Interview croisée : médecine du travail et SAMETH au service du maintien dans l’emploi (2/2)

Notre interview croisée d’une médecin du travail et d’une responsable de SAMETH

Suite de l’interview de Claire ROUSSEAU, responsable du SAMETH* 73-74 et du Docteur Claude DALMAS, médecin du travail-médecin MDPH**, qui évoquent leur collaboration pour le maintien dans l’emploi.

Vous avez chacune beaucoup d’expériences dans le maintien dans l’emploi … quelles évolutions avez-vous notées ces 20 dernières années…

Claire ROUSSEAU : On peut décrire 4 évolutions. Premièrement, l’offre de services du SAMETH s’est enrichie et développée au cours de ces dernières années et les signalements des médecins du travail ont augmenté (pour nous plus de la moitié des demandes d’intervention).

Il y 15 ans, on parlait principalement de l’insertion des travailleurs handicapés sans nécessairement parler maintien dans l’emploi. Aujourd’hui c’est une offre reconnue à part entière.

Dr Claude DALMAS : Oui, il faut s’investir dans le maintien plutôt que de gérer la perte d’emploi ! Au sein des MDPH, on voit bien toutes les difficultés pour retrouver un emploi suite à un licenciement pour inaptitude.

Claire ROUSSEAU : Deuxième évolution, les visites de pré-reprise (pendant l’arrêt de travail) sont de plus en plus systématiques. Cette détection précoce est le critère de réussite d’un maintien car elle permet de s’inscrire dans la prévention de la désinsertion professionnelle. Nous avons ainsi le temps d’intervenir avant la reprise du travail, de construire un plan d’actions entre partenaires et de préparer les outils pour le mettre en œuvre.

Dr Claude DALMAS : Il y a assez peu de situations urgentes, c’est exceptionnel maintenant.

Claire ROUSSEAU : Troisièmement, la pluridisciplinarité et la professionnalisation se sont développées au sein d’un réseau d’acteurs. Il y a 20 ans, nous intervenions sur un grand périmètre d’actions non défini. Maintenant les offres de services de chaque partenaire se sont construites et chacun travaille dans son périmètre en connaissant et respectant l’offre de chaque acteur et en favorisant les échanges et les passages de relais.

La préoccupation de la prévention de la désinsertion professionnelle s’est généralisée.

Dr Claude DALMAS : Chaque cas est particulier. Nous avons un process d’intervention mais l’analyse de la situation est pluridisciplinaire pour élaborer un plan d’actions adapté. Sur le terrain, la connaissance des mesures existantes est nécessaire mais pas suffisante. Il faut appréhender dans le concret, dans le relationnel, les enjeux pour le salarié et pour l’employeur qui seront différents pour chaque dossier.

Chaque maintien dans l’emploi est l’aboutissement d’échanges, des idées des uns et des autres tout en se basant sur l’expérience de ce qui a été fait éventuellement dans telle entreprise ou pour tel salarié. (Dr Dalmas)

Claire ROUSSEAU : Nous nous formons sur le terrain, à la rencontre des salariés et des entreprises. C’est cette pratique et cette expérience qui fondent notre professionnalisme et qui nous permet de traiter toutes les situations spécifiques quel que soit le handicap, le secteur d’activité…

Le maintien dans l’emploi s’est professionnalisé également grâce à un meilleur suivi administratif des dossiers, notamment par l’attention portée au délai de mise en œuvre et de fin d’intervention, par le biais de l’informatisation.

Dr Claude DALMAS : Nous prenons ainsi connaissance facilement de l’historique d’un dossier, les faits sont tracés et suivis sur un temps court. De même, par exemple, la gestion de la durée des études ergonomiques a créé une dynamique allant dans l’intérêt du demandeur et de la personne suivie pour plus d’efficacité.

Claire ROUSSEAU : Dernière évolution, la situation économique s’est dégradée ce qui a considérablement diminué les marges de manœuvre des entreprises pour permettre le reclassement. Il n’y a plus d’espace pour les postes non productifs qu’on appelait, il y a 20 ans, « occupationnels ». Mais il faut voir le côté positif de cette évolution : les travailleurs handicapés ne sont plus mis à l’écart sur des postes inintéressants. C’est l’occasion de rebondir sur un nouveau métier, de se former, d’évoluer, de s’orienter, de créer de nouveaux besoins, de nouvelles compétences…. Dans le même temps, les aides du droit commun ou spécifiques ont été restreintes et les entreprises plus sollicitées dans leur obligation d’amélioration des conditions de travail et de prévention.

Dr Claude DALMAS : Effectivement, on demande désormais plus de rendement, de polyvalence, d’expertise dans l’entreprise. Et la tolérance pour les limitations de compétences s’est réduite. Certaines fonctions, par exemple d’entretien des locaux, d’agent de sécurité, ne sont plus accessibles sans diplôme ou sans niveau physique ou encore sont externalisées. Les exigences et les compétences font de plus en plus appel à des niveaux intellectuels élevés, même dans les métiers manuels. Les critères d’accès se sont durcis. Même pour l’hygiène et la propreté, il existe maintenant des process et donc des formations obligatoires. On a assisté à une complexification des métiers et des tâches, qui exclut une partie de la population.

Ceci redonne toute sa place au processus de maintien dans l’emploi, qui consiste à s’occuper d’un salarié qui a des problèmes de santé. Il faut gérer l’adaptation de l’individu évoluant tout au long de sa vie et de son travail.

Lire la première partie de cette interview.

 

*Sameth : Service d’Aide au Maintien dans l’Emploi des Travailleurs Handicapés

**MDPH : Maison Départementale des Personnes Handicapées

Publié le 14 février 2017